Au début du 20e siècle, les espaces colorimétriques apportent les réponses essentielles à la compréhension de la couleur, mais d'autres besoins se font sentir comme le classement des couleurs sous forme de nuancier pour l'industrie des colorants.
Parmi les innombrables tentatives pour la construction d'un système chromatique capable à la fois d’organiser la couleur selon un plan logique et de respecter leurs rapports visuels, celle du peintre américain Albert Henry Munsell (1858-1918) est l'une des plus abouties. L'Atlas des couleurs de Munsell est de nos jours encore très utilisé surtout aux USA.
En explorant ce modèle colorimétrique, nous allons découvrir de nouvelles notions que Munsell met en avant pour la première fois dans un système de couleurs. Il s'agit de la "luminance" et de la "brillance", notions évoluées de colorimétrie.
Fig.1. L’atlas de Munsell est à la fois un nuancier d'une grande précision où les couleurs sont classées par planches de teintes constantes. C'est aussi un modèle colorimétrique innovant où pour la première fois les couleurs sont réparties en fonction de leur brillance.
Fig. 2. On remarque la le jaune saturé n'est pas classé sur le même niveau de luminosité (valeur) que le bleu saturé ou le rouge saturé.
Jusqu'à maintenant, nous avons employé le terme de luminosité de façon générique pour décrire les différentes intensités lumineuses. Munsell va être le premier à s'apercevoir que la luminosité ressentie ne correspond pas avec l'intensité lumineuse réelle (luminance).
Munsell va proposer une distinction claire entre ces deux notions. Il propose une echelle assez proche de la luminosité qu'il appelera Valeur (value en anglais) et effectivement les échantillons qui se trouvent au centre sont très représentatifs d'une luminosité moyenne percue par l'œil.
Pour construire son échelle de valeurs du noir au blanc, Munsell utilise 9 nuances intermédiaires. Contrairement à ce qui se faisait jusqu'alors, il va proposer une progression lumineuse entre les nuances de gris non pas linéaire comme cela ce faisait avant lui, mais en adoptant une progression basée sur la perception visuelle, c'est-à-dire que le gris central ne correspondra pas à une intensité lumineuse de 50 %, mais un gris beaucoup plus clair (20 %) de telle sorte que notre sensation visuelle nous le fait ressentir véritablement à mi-chemin entre le noir et le blanc. Pour qualifier l'échelle des valeurs d'intensité lumineuse Munsell emploie le terme de Value (valeur) qui dans les faits se révèle très proche de la luminosité des espaces colorimétriques modernes. C’est grâce à son expérience de la peinture artistique et sa grande sensibilité visuelle pour les couleurs qu’il construit un système de perception presque uniforme.
Munsell révolutionne aussi le classement classique par saturation qui se répartit depuis depuis la colonne grise de l'axe central jusqu'à la couleur la plus pure à l'extérieur. Il va proposer une répartition de la couleur par chrominance (Chroma en anglais) basée sur la perception visuelle, c'est-à-dire que toutes les couleurs ne seront pas à la même distance de l'axe central selon leur saturation réelle. On voit donc apparaître des bosses de saturation sur l'Atlas à l'emplacement des couleurs les plus saturées. Par exemple au niveau de l'équateur le vert et le bleu font des bosses de saturation qui placent le cyan dans un creux (voir fig.1).
Munsell va mettre en évidence la notion de brillance pour classer les couleurs sans toutefois l'exploiter en tant que paramètre : les bosses de chrominance se sont pas regroupées uniquement sur l'équateur, mais réparties plus ou moins en hauteur sur l'axe des valeurs pour tenir compte de leur « brillance ». La brillance (brightness en anglais) est un terme qui revêt plusieurs acceptions. Dans le cas qui nous intéresse ici c’est le sens suivant : apparence de l'intensité d'une couleur combinant les effets de la luminosité et de la saturation.
Le jaune le plus saturé se trouve donc très haut, près du blanc et le bleu le plus saturé se retrouve très bas près du noir. La première conséquence de ce bouleversement est qu’il n’existe plus dans ce modèle de plan de chromaticité qui rassemble les couleur les plus saturées
Voir aussi la page : brillance d'une couleur
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Toutes les couleurs ne sont pas logées à la même enseigne concernant la saturation: le jaune, le rouge le magenta forment des proéminences de couleurs plus "brillantes". |
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